GADEPAM

"Valoriser l'artisanat traditionnel et les produits naturels de Guyane dans une démarche sociale et solidaire"

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Préambule

 

 

GADEPAM, association pour l’étude et le développement des plantes à usage traditionnel en Guyane, joue le rôle de passerelle entre les communautés, les collectivités, les acteurs de la recherche et de la société civile. A travers ses activités de valorisation des produits naturels, artisanaux et traditionnels issus des savoirs et savoir-faire locaux, elle contribue à la préservation et à la promotion d’un patrimoine culturel et naturel d’exception, et participe ainsi au développement durable de la région.

 

La présente charte éthique doit permettre de mieux informer et communiquer sur la démarche de GADEPAM, mais aussi servir de guide à la prise de décision au sein de l’association, afin d’introduire une cohérence globale dans les choix et dans les actions que nous entreprenons, en prenant en compte l’ensemble des aspects économiques, sociaux, politiques, culturels et écologiques qui caractérisent la société et AO le territoire guyanais.

 

En exprimant ici nos valeurs, nous tentons de définir au mieux notre démarche, qui se veut à la fois équitable, solidaire et respectueuse d’un environnement social, culturel et naturel unique, riche de sa diversité, afin de garantir à tous nos partenaires et associés (artisans, communautés, adhérents, clients, associations, collectivités, institutions, bailleurs…) l’intégrité et la qualité des diverses activités que nous menons. Il s’agit également, à plus long terme, de fédérer l’ensemble des acteurs susceptibles de s’investir à nos côtés dans le domaine de l’artisanat autour de ces grands principes éthiques, en vue d’un accompagnement harmonieux et durable de la filière artisanale en Guyane.

 

La présente charte est un engagement éthique pour la poursuite et le développement des activités de l’association. GADEPAM s’engage ainsi à favoriser et à concrétiser la mise en œuvre de ces principes à travers l’ensemble de ses activités. Issue d’un travail collectif, elle a été validée lors du Conseil d’Administration du 14 août 2009.

 

 

 

 

 

 

1.  La sauvegarde d’un patrimoine culturel en danger

 

La préservation et la transmission des savoirs et des savoir-faire traditionnels de Guyane, aujourd’hui très fragilisés, sont pour nous, depuis nos débuts, une priorité. Ces savoirs et savoir-faire font   partie intégrante du patrimoine culturel immatériel guyanais. Malheureusement, beaucoup sont en train de disparaître, sous la pression des modes de vie modernes : certaines plantes par exemple, qu’elles soient destinées à des usages aromatiques, médicinaux, ou artisanaux, sont de moins en moins reconnues et utilisées par les communautés qui en avaient traditionnellement l’usage, et ne sont que très peu connues de l’ensemble de la population guyanaise.

Pour être sauvegardé, notre patrimoine doit avant tout être valorisé. Il s’agit à la fois de rendre ces savoirs plus accessibles au public et d’apporter un appui adapté à leurs détenteurs, notamment à travers la valorisation économique des produits issus de ces savoirs. GADEPAM a fait le choix de cibler ses activités vers la valorisation des produits à usage traditionnel.

Dans cette optique, il s’agit de favoriser :

  • une meilleure connaissance des plantes à intérêt diététique, aromatique, médicinal et/ou artisanal utilisées par les différentes communautés locales ;
  • la diffusion de ces connaissances auprès du grand public à travers l’organisation de manifestations et animations (ateliers, expositions, conférences, tables-rondes …) ;
  • la transmission intracommunautaire de ces savoirs et savoir-faire traditionnels.

 

 

 

2.  Le soutien aux artisans

 

Les artisans de Guyane sont au cœur des enjeux de sauvegarde du patrimoine local. Ce sont eux qui font vivre les savoir-faire traditionnels artisanaux. La grande richesse de l’artisanat de Guyane provient de son histoire, et de la diversité des communautés traditionnelles qui vivent ici. Poterie, vannerie, sculpture sur bois, tissage, archerie, perlerie, et bien d’autres, constituent un large panel de pratiques artisanales issues de savoirs ancestraux. Elles sont pourtant assez peu connues du grand public, et souvent délaissées par les plus jeunes au sein des communautés concernées.

Aussi nous considérons les artisans à la fois comme nos partenaires et nos bénéficiaires : ce sont ceux avec qui et pour qui nous travaillons. GADEPAM œuvre pour la structuration d’un réseau d’artisans, permettant d’une part la revalorisation de l’activité artisanale, en offrant à ceux qui le désirent l’opportunité d’augmenter leur revenu monétaire via un circuit économique éthique, d’autre part la préservation des modèles, motifs et techniques issus de la tradition, ainsi qu’une réappropriation de ces savoir-faire traditionnels par les jeunes de la communauté.

Notre objectif est ainsi de permettre aux artisans de Guyane de vivre dignement de leur travail et d'être les acteurs de leur propre développement.

Il s’agit pour nous de :

  • favoriser une production artisanale socialement utile ;
  • travailler d’abord avec les artisans les plus isolés géographiquement et/ou socialement,
  • garantir aux artisans des prix équitables et une continuité dans leurs activités ;
  • inciter à l’organisation, à la formation et à la prise d’autonomie des artisans ;
  • appuyer et promouvoir des actions visant à la valorisation de l’artisanat local ;
  • promouvoir un commerce éthique et solidaire.

 

 

 

3.  Le dialogue entre les communautés

 

La grande diversité culturelle de la Guyane représente une très grande richesse pour la région, mais elle implique des rapports complexes entres les différentes communautés. Celles-ci se côtoient parfois sans vraiment se connaître. Le respect de l’autre est une valeur chère à notre association ; il passe, nous en sommes convaincus, par la découverte de l’altérité, par un dialogue, par un échange. Ainsi dans une démarche de meilleure connaissance de l’autre et d’échange interculturel, GADEPAM favorise également ce dialogue intercommunautaire, à travers la valorisation de cette diversité culturelle. En outre, une relation de commerce équitable ne s’établit pas seulement à travers un lien économique, mais favorise les échanges culturels et sociaux avec et entre les producteurs.

 

 

 

4. Le respect des modes de vie traditionnels, de la pluriactivité et des droits sociaux individuels et collectifs

 

La prise en compte de la diversité et de la complexité des modes de vie traditionnels nous apparaît nécessaire, et primordiale. Les communautés traditionnelles de Guyane ont dû s’adapter à un système légal et juridique français qui leur était étranger, tout en essayant de préserver une partie de leurs coutumes et modes de vie. Cette double appartenance a donné naissance à une culture métisse, mélange parfois surprenant de modernité et de tradition.

La pluriactivité prédomine dans les communautés traditionnelles guyanaises, où la pratique de la chasse, de la pêche, de l’agriculture vivrière (abattis) et de l’artisanat font partie intégrante des modes de vie. C’est pourquoi nous attachons une grande importance au respect de la pluriactivité. GADEPAM ne cherche en aucun cas à transformer l’activité artisanale en activité principale, ce qui pourrait conduire à l’effet inverse de celui escompté. On ne peut d’ailleurs pas imposer un statut unique (et réducteur) à ces artisans-pluriactifs, comme le préconise le système légal français. Cependant, offrir des débouchés durables à cette production artisanale, si minime soit-elle, c’est donner accès à des revenus complémentaires, permettant à l’artisan de vivre décemment de ses activités, et de valoriser son savoir-faire, à la fois culturellement, socialement, et économiquement.

Ainsi, respecter les hommes, c’est respecter leur mode de vie et de pensée, c’est respecter cette pluriactivité, c’est leur laisser le choix. C’est respecter leurs droits sociaux, politiques et culturels. C’est aussi reconnaître les droits collectifs des peuples autochtones.

 

 

 

  1. Le respect du milieu naturel et de la biodiversité

 

GADEPAM veille au respect d’un équilibre entre la dynamique de production artisanale et celle du milieu naturel, en évitant que le développement de l’activité artisanale n’ait un impact excessif sur le milieu. En accord avec les producteurs, nous privilégions des prélèvements raisonnés sur les ressources naturelles utilisées pour la fabrication d’objets artisanaux. La pluriactivité peut constituer un des éléments de réduction de la pression sur le milieu, quand elle est exercée dans le cadre traditionnel.

Concernant les produits naturels alimentaires et cosmétiques ainsi que l’achat de fournitures ou de matières premières, nous favorisons dans la mesure du possible les produits issus de l’agriculture biologique et du commerce équitable. Enfin précisons-le, GADEPAM mène ses activités dans le respect de la législation en place concernant les espèces protégées.

 

 

6.  Le choix de la qualité

 

Dès le départ, GADEPAM a eu recours à l’expertise d’artisans reconnus au sein de chaque communauté pour assurer aux objets commercialisés une facture de grande qualité définie à l’intérieur même des communautés. Cette préoccupation d’une qualité basée sur la tradition n’exclut pas un respect des dynamiques créatives partant de l’intérieur des communautés locales.

GADEPAM a ainsi fait le choix de la qualité et non de la quantité. Les objets artisanaux proposés à la vente dans nos boutiques répondent tous à ce premier critère de sélection, la qualité, qui permet à la fois de mettre en valeur le savoir-faire des artisans avec qui nous travaillons, de les rémunérer à la hauteur de leur travail, et de garantir à notre clientèle l’accès à des produits de très grande qualité.

 

 

 

7.  La traçabilité et l’information

 

GADEPAM accorde une importance toute particulière à la traçabilité des objets qu’elle commercialise. Cette traçabilité concerne la provenance et les matières premières utilisées. Elle suppose une vigilance permanente ainsi qu’un dialogue avec les artisans, garants du respect des codes communautaires. 

L’information concernant les lieux, modes de fabrication et usages traditionnels permet de valoriser la culture et le savoir-faire de l’artisan auprès du public. En présentant ainsi l’objet, dans toute sa dimension symbolique et patrimoniale, l’information proposée participe pleinement à la mise en évidence de la valeur ajoutée de l’objet, qui va bien au-delà de son aspect purement matériel.

 

 

 

8.  La sensibilisation du public à l’achat équitable et solidaire

 

Nous sommes convaincus de la nécessité d’envisager un autre développement, qui mette l’économie au service des sociétés et de l’environnement. L’économie peut-être sociale et solidaire, et doit s’appliquer à améliorer le bien-être des hommes, dans le respect de leur environnement.

Les principes du commerce équitable sont de forts vecteurs d’intégration pour les petits producteurs exclus d’un marché dirigé par les grandes firmes. Dans une démarche de transparence et de solidarité, il offre au citoyen l’opportunité d’effectuer un achat fondé et responsable, et, par l’acte d’achat, de créer un lien entre le producteur et le client.

Les savoirs et savoir-faire traditionnels constituent, dans une perspective de développement transversal (patrimonial, social, environnemental et économique), une véritable richesse pour la région. Ce patrimoine joue un rôle fondamental dans la cohésion sociale. Il peut être un moyen d’intégration pour les artisans isolés et leurs familles, et pour les jeunes en recherche d’activité.

 

 

 

 

 

 

 

9.  La durabilité

 

La durabilité est un principe clé de notre démarche, car il s’intègre de manière transversale à l’ensemble de nos activités et à chacun de nos projets.

La durabilité s’exprime notamment à travers les relations que nous entretenons avec les artisans : il s’agit pour nous de créer un lien pérenne et durable avec eux, en leur offrant une continuité dans leur activité et un maximum de stabilité afin qu’ils puissent appréhender plus sereinement leur avenir et celui de leur famille dans un monde en profond bouleversement. Le principe de durabilité implique également un suivi et une évaluation des actions que nous entreprenons, sur le long et le moyen terme, tant au niveau social qu’environnemental.

Les sociétés traditionnelles ont longtemps été présentées comme les modèles de développement durable. Les pressions provoquées par les contacts inévitables avec la mondialisation économique risquent à terme de remettre en cause cet équilibre dynamique entre prélèvements et régénération du milieu. Une des préoccupations majeures de GADEPAM consiste, en partenariat étroit avec les communautés, les associations locales, et les organismes de recherche scientifique, à œuvrer en permanence aux conditions de cet équilibre.

 

 

 

10. La gestion démocratique et  participative

 

La prise de conscience citoyenne à laquelle nous participons n’est plus marginale aujourd’hui, et ouvre la voie à nombre d’initiatives locales d’utilité sociale. Les structures gérées de manière collective (associations, coopératives, etc.) peuvent répondre à ces nouvelles aspirations, et sont à ce jour les plus aptes à servir l’intérêt collectif dans une optique de développement local social et durable.

La gestion de l’association GADEPAM et de ses activités répond à des principes démocratiques et participatifs. Les décisions prises, votées lors des réunions du Conseil d’Administration ou des Assemblées Générales, sont le fruit de réflexions communes. GADEPAM se veut toujours à l’écoute des suggestions et propositions des artisans, autorités coutumières, adhérents, partenaires et scientifiques. Les artisans sont par ailleurs invités à adhérer à l’association pour un euro symbolique, afin de favoriser leur participation à la prise de décision.

De même, nous souhaitons favoriser l’organisation de groupements de producteurs en accompagnant les initiatives locales qui vont en ce sens et qui participent à la prise d’autonomie des artisans. Enfin, nous portons une attention particulière au respect des droits et des règles coutumières, qui doivent absolument être prises en compte par le droit positif français.