GADEPAM

"Valoriser l'artisanat traditionnel et les produits naturels de Guyane dans une démarche sociale et solidaire"

De la recherche au développement durable :

Exemple des produits forestiers et de l’artisanat traditionnel

 

Marie Fleury
Présidente de GADEPAM
 Ethnobotaniste UMR PALOC MNHN-IRD

 


 

Le programme de recherche « L’Homme et les produits forestiers en Guyane » (PFNI ou PFNL) s’est déroulé de 2002 à 2007. L’objectif principal était de fournir un ensemble de données cohérentes sur les produits forestiers non ligneux en Guyane (ou produits forestiers non industriels), leur utilisation actuelle et leur commercialisation. Le programme, d’abord porté par Silvolab (2002-2004) puis par l’IRD (2004-2007), fut financé par un contrat de plan Etat-Région puis par le ministère de la Recherche (DRRT).

 

On appelle Produit Forestier Non Ligneux (PFNL), « des biens d’origine biologique autres que le bois, provenant des forêts, d’autres terrains boisés ou provenant d’arbres hors forêts ». Cette définition des PFNL donnée par la FAO (2001), n’inclut donc pas les produits ligneux. Aussi avons-nous préféré employer pour ce programme le « terme produits forestiers non industriels (PFNI) », étant donné l’importance de l’usage non industriel du bois en Guyane (sculptures, pirogues, habitat, arcs, etc.).

 

Différentes études de cas ont été réalisées dans des communautés du littoral et dans l’intérieur guyanais. Ce type d’approche comparative permettait de mieux évaluer la dynamique de l’utilisation des PFNI et d’éviter les généralisations : ainsi ont été étudiées l’artisanat du bois saramaka dans la région de Cayenne  (A. Croyères, 2002), la construction des pirogues sur l’Oyapock et le Maroni (D. Jabin, 2006 ), l’artisanat Palikur à Tonate Macouria et à St Georges de l’Oyapock (F. Renoux) et l’artisanat wayana (M. Fleury). Une thèse de doctorat a été réalisée sur la vannerie en Guyane (Davy, 2008) qui dresse un bilan de cette activité dans le département.

 

Différentes monographies ont également été effectuées dans plusieurs communautés : Village kali’na de Terre Rouge ; Village hmong de Javouhey ; Village saramaka de l’Acarouany (région de St Laurent) ; Village créole de Saül). 

Enfin une étude socio-économique de l’artisanat sur le littoral et des enquêtes sur les marchés de St Laurent du Maroni et de Cayenne ont été réalisés afin de déterminer l’importance économique engendrée par cette activité et d’identifier les principaux produits vendus et les filières de commercialisation.

 

Ces différentes études nous ont permis de dresser une panorama assez précis de la place de l’artisanat traditionnel dans l’économie guyanaise : Si les produits forestiers non ligneux ne tiennent pas une place importante dans l’économie formelle, ils sont importants à la fois sur le plan domestique (principalement chez les populations forestières) et dans l’économie informelle.

Un autre constat à souligner est que cette activité est souvent pratiquée par les personnes âgées des communautés amérindiennes et bushi-nenge. Elle s’inscrit également dans une démarche d’intégration des « sans-papiers », l’artisanat et la vente des produits issus de la forêt étant souvent une des premières activités économiques réalisées par les migrants en quête de revenus provenant des pays voisins. Servant de tremplin d’intégration, elle est parfois abandonnée une fois que des papiers en règle permettent d’obtenir « un vrai travail ».

 

En conclusion, l’exploitation des produits forestiers non industriels en Guyane, loin d’être valorisée, est souvent considérée comme appartenant au passé, ou réservée aux individus n’ayant pas « un vrai travail ». La conséquence de cette attitude est un abandon progressif de nombreuses techniques et savoir-faire traditionnels liés à ces produits. Si les connaissances sont encore vivantes dans l’intérieur forestier, c’est loin d’être le cas sur le littoral, où ces activités sont souvent liées aux statuts sociaux précaires.

La richesse que représente ce patrimoine est pourtant indéniable, ceci tant sur le plan culturel qu’économique. En outre, l’artisanat pourrait représenter un facteur d’intégration pour les jeunes, si au lieu d’être considéré comme appartenant au passé, il était reconsidéré, et revalorisé. Il pourrait leur fournir des emplois, tout en renforçant leur sentiment d’appartenance culturelle.

Pour pallier à la disparition de ce riche patrimoine, il nous a semblé avant tout primordial d’offrir des débouchés économiques aux artisans les plus isolés.

En effet, si l’usage domestique justifie encore la fabrication de divers objets (comme la vannerie liée à la transformation du manioc par exemple), de nombreux objets ont été remplacés dans la vie courante par des biens de consommation (bassines, marmites, fusils, …) et seule la vente justifie encore la fabrication des poteries, arcs, flèches et nombreux paniers.

La mise en place de cette filière commerciale, faite avant tout dans un esprit de valorisation et transmission des savoir-faire, a été portée par l’association GADEPAM, suite à au colloque organisé en décembre 2002 par l’IRD et la Région Guyane « Recherche et valorisation des produits forestiers : quelle démarche équitable ? » (Fleury & Moretti, 2006).

Cette association créée en Février 2002, avait pour objectif la valorisation des plantes aromatiques et médicinales. Les statuts ont été modifiés pour y ajouter la valorisation de toutes les plantes à usage traditionnel et la commercialisation dans une démarche équitable des produits artisanaux et traditionnels de Guyane.

La première boutique d’artisanat solidaire a été ouverte à Cayenne en Novembre 2005 dans les locaux du Parc naturel régional, grâce à une aide financière de la Région, dans le cadre de son agenda 21, et à des financements européens (programme Equal FLUID). En Août 2009 on inaugurait la deuxième boutique à Maripasoula, avec l’aide du Parc amazonien de Guyane. Ces deux espaces d’exposition vente permettent aux artisans du territoire de trouver des débouchés à leur production en même temps qu’ils offrent aux Guyanais et aux visiteurs et une véritable vitrine des savoir faire traditionnels en Guyane.  La mise en place de la filière n’a pas été facile, car elle s’adressait aux artisans les plus isolés et se heurtait donc à des problèmes de transport (uniquement fluvial et aérien dans le Sud) et de communication (ni téléphone, ni accès internet dans les villages reculés).

Participant à nombreuses foires et manifestations tout au long de l’année et sur l’ensemble du territoire, Gadepam s’est fait connaître pour son respect de certaines valeurs qui sont : un artisanat de qualité, une démarche équitable et solidaire vis à vis des artisans qui ont su y trouver un véritable partenariat à long terme dans le domaine de la valorisation artisanale. 300 artisans sont actuellement partenaires de cette démarche, dont le but n’est pas le profit mais la sauvegarde des savoir-faire traditionnels.

 

Des catalogues détaillés de l’artisanat traditionnel de différentes communautés sont en cours et devraient compléter prochainement cette approche de la valorisation du patrimoine culturel immatériel de Guyane.

 

Une reconnaissance d’un statut « d’artisan traditionnel », dans le cadre d’activités plurielles, devrait être une prochaine étape pour la valorisation de ce travail et des savoir-faire qui y sont associés. L’exploitation de certaines espèces végétales mériterait également d’être accompagnée afin d’être mieux gérée, en particulier le bois d’œuvre utilisé pour la sculpture (amourette, acajou (ou cede), moutouchi…).